Les 4 marga, ou voies majeures, du yoga 3/4

Le Jnana yoga

Salut les yogi,

Bhakti yoga et Karma yoga ont été clarifiés. Voici maintenant la troisième forme de pratique décrite dans les textes classiques et plus exactement la Bhagavad Gita. Il s’agit du Jnana Yoga, ou yoga du savoir intellectuel, de la connaissance ultime.   

Que signifie “savoir” pour le yogi?

Dans la culture occidentale, la notion de savoir est le plus souvent associée à l’intellect. Or, si cette forme de yoga passe bien par l’étude, son but est comme les autres de transcender ce que nous sommes. Le mental n’y est donc pas une fin en soi.

Shri Swami Sivananda disait:

« Le Jnana  Yoga  n’est pas que connaissance intellectuelle. Ce n’est ni entendre, ni reconnaître. Ce n’est pas seulement  un consentement intellectuel. C’est la réalisation directe de son unicité en Unité avec l’Être Suprême. C’est Paravidya (la Sagesse Suprême). La conviction intellectuelle ne conduira pas à Brahma-Jnâna. »

Pour mieux comprendre tout cela, voyons d’abord ce que signifie “Jnana”. Ce terme sanskrit a plusieurs sens, à savoir:

                          • sagesse.
                          • discernement.
                          • connaissance.

Dans l’esprit du yoga ces termes convergent tous vers la manière dont nous appréhendons le Réel. Il décrit un chemin d’étude de la réalité qui doit permettre de dépasser notre conception première et atteindre la transcendance.

Le Jnanin parcoure cette voie en connaissant (un peu de jargon est toujours utile, au moins pour frimer en soirée, 🙂 ) :

                          • Brahman: l’esprit universel / l’Ame du Monde / Dieu / la Nature profonde de l’Univers / Le Mystère de la vie. A vous de mettre les mots sur votre conception de l’infini.
                          • Atman: l’âme individuelle. Ce que vous êtes en profondeur.

Le but étant de réaliser le lien entre l’individuel et l’universel, donc entre vous même et l’univers dont vous êtes issus.

“Connaître Brahman, c’est être Brahman”

Cette idée résume toute la pratique de cette voie car elle signifie si je connais (au sens biblique) , c’est-à-dire si je m’unis intimement à la nature de mon univers, alors j’atteins nécessairement la transcendance. De plus, il est clair ici que connaître est différent de comprendre. Ce qui est décrit là n’est pas mental, même si pour commencer cela passe par ce chemin.

Le Jnana Yogi étudie donc à la fois les textes et lui-même. Pour vous donner une image, c’est comme si vous combiniez les approches moniste et d’une  certaine façon psychanalytique dans le but, non pas de guérir, mais d’atteindre l’illumination. Le Jnani n’est pas métaphysicien, il veut vivre pleinement ce qu’il étudie.

Les grandes idées du Jnana Yoga.

Le Jnana Yogi a pas mal de points communs avec les bouddhistes car il pense que la source de la souffrance est l’ignorance de ce qu’il est réellement. Cette illusion (Maya) le fait s’identifier à son corps, son statut social, ses émotions, ses pensées. Il ne cherche donc pas à s’identifier à une partie de lui ou une fonction active en lui et s’oriente vers une conscience globale (trans-personnelle).

Pour cela il développe le discernement (viveka), qui repose sur la vigilance et capacité à mettre en place la conscience témoin qui nous empêche de nous identifier sans cesse à tout ce qui nous arrive, dedans ou dehors.

Et comme le dit très bien Swami Sai Shivananda:

“Le développement de notre attention vigilante et de notre attention vigilante et de notre conscience témoin nécessite des moyens, des outils que le jnani découvre dans sa pratique de méditation. le jnani anhile donc la distinction entre le sujet et l’objet, il devient unité avec chaque aspect de la vie. Mais qui prendra conscience du témoin lui-même? Personne. Le yogi comprendra alors que l’ego n’existe pas par lui-même, que l’ego n’est qu’une manifestation de brahman et que tout est BRahman sans séparation. En fait c’est seulement cette notion de séparation qui aura disparue. Cette séparativité qui nous isole des autres, de nous et de la Réalité. Nous l’avons créée pour nous protéger au départ, nous devons ensuite apprendre à nous en défaire.”

Comment faire?

La pratique repose sur 4 outils :

                          • Viveka: le discernement.
                          • Vairagya: le non-attachement / détachement, c’est-à-dire vous libérer de ce qui n’est pas vous.
                          • Shad-sampat: développer les vertus que son la tranquilité, la maîtrise du mental, la simplicité, la patience, la foi (en la justesse de la pratique), la concentration.
                          • Mumukshutva: aspiration à la libération, c’est-à-dire souhaiter atteindre ce but de tout son être et donc se libérer progressivement des ombres inconscientes qui nous retiennent.

…deux grandes voies:

                          • La négation: on cherche tout ce qu’on est pas. “je ne suis pas ce bras, je ne suis pas mon boulot, je ne suis pas cette émotion, etc.”

ATTENTION: il n’est pas du tout question de dépersonnalisation ou de rejet de la personnalité . Si vous allez vers cela, c’est que vous êtes dans l’erreur et qu’il faut tout de suite arrêter. L’idée est ici de prendre conscience qu’on est pas ce qu’on vit, mais qu’on est tout court. La notion de séparation diminue progressivement et on grandit.

                          • L’affirmation: le pratiquant affirme que tout est Brahman. Il abolit donc la notion de séparation cette fois-ci en incluant petit à petit toutc e qu’on percevait comme séparé dans un seul et même concept.

… et une question fondamentale: Qui suis-je?

Alors je te la pose à toi aussi cette question :

QUI EST-TU?

Les références

Yoga Vasistha

Brahma Sutra

Les écrits décrivant l’Advaita yoga (= la pratique non-dualiste)

Les bouddhismes Mahayana et Zen ou Prajna (sagesse) remplace Jnana.

Les Maîtres

(cliquez sur leur nom pour aller vers le wiki correspondant)
Beaucoup de maîtres ont contribué à cette perception de la pratique spirituelle, en voici deux que j’affectionne particulièrement!
Ramana Maharishi: dont le rayonnement sur la pratique moderne semble décidément sans limites, est considéré comme un des plus grands Jnani. Il porpose une pratique simple et puissante alliant concentration et respiration qui intègre la négation et l’affirmation:

                • Penser “Ko ham” – qui suis-je? –  sur l’inspir.
                • Penser ” So Ham” – je suis Cela – sur la rétention.
                • Penser “Na Aham” – je ne suis pas ceci – sur l’expir.

NB: si vous le souhaitez, pensez les affirmation dans votre langue.

Socrates: en enseignant la maïeutique, il transmettait une forme de Jnana Yoga.

Maître Dôgenmaître Zen .

“CONNAIS-TOI TOI-MEME ET TU CONNAÎTRAS L’UNIVERS ET LES DIEUX”